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Convention pour la 6ème République

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Le spectre de la présidentielle

lundi 25 mai 2026, par Paul ALLIES, Bernard VIVIEN

Dans un billet publié dans la rubrique "lignes ouvertes" du Midi-Libre du dimanche 24 mai 2026, Paul Alliès, professeur émérite de science politique à l’Université de Montpellier, et président de la Convention pour la 6° République, met en garde contre les équipes "de certains candidats républicains" qui réfléchissent à des moyens de gouverner sans majorité (par ordonnances ou référendum), ce qui aggraverait la dérive présidentialiste, et voit dans des élections législatives anticipées au lendemain de la présidentielle un possible retour au parlementarisme, une sorte d’AN I de la fin du présidentialisme, sans exclure une possible cohabitation.
En deux mots, en 2027, l’important ce de ne pas faire l’impasse sur les législatives.
Bernard Vivien

Le spectre de la présidentielle

La langue française est assez riche pour donner une pluralité de sens à son vocabulaire. Ainsi « spectre » désigne à la fois une apparition mortifère, une perspective menaçante et l’image analytique de la décomposition d’un phénomène.

La « présidentielle » sous-entend l’élection et la fonction du chef de l’Etat. A la fois le suffrage universel direct et la totalisation des pouvoirs politiques de la République.

Depuis 1965, un présidentialisme électoral s’est imposé, faisant des partis des machines à gagner « la mère des batailles », et de la Présidence le pouvoir le plus hégémonique de toute l’Europe. La révision du 2 octobre 2000 a amplifié la phénomène en instaurant le quinquennat et en inversant le calendrier électoral. Les élections législatives devaient ratifier le choix de la présidentielle et produire ainsi une majorité parlementaire disciplinée. Le Président pouvait alors gouverner en lieu et place du Premier ministre. Il devint « en même temps », ministre de tout et arbitre de plus rien.

Le scrutin de 2027 sera celui de la fin de ce cycle. Il combine plusieurs inconnues et peurs : la fragmentation inflationniste des candidatures (48 « déclarées » à ce jour qui devront obtenir 500 parrainages de 42000 élus), la transformation des partis en entreprises personnelles, l’accès au pouvoir de l’extrême-droite (pour la première fois depuis 87 ans), l’impuissance augmentée de la fonction présidentielle dans un contexte international hautement dangereux.

La prochaine élection présidentielle est donc bien ce spectre qui pourrait porter des remises en cause de l’Etat de droit et de la démocratie représentative.

Pourtant dans la campagne telle qu’elle s’est engagée, tout se passe comme si le système traditionnel pouvait reprendre son cours rassurant : le ou la candidate élue retrouverait les ressources d’une majorité pour gouverner sans entrave. La dissolution calamiteuse serait effacée par enchantement.

Or les scrutins de 2022 (présidentielle) et 2024 (législative) ont définitivement fait disparaître ce mécanisme rassurant. Ils sont l’image spectrale dans lequel apparaît la crise radicale du régime de la V° République.

Si bien que la focale devrait se porter sur les élections législatives. En l’état actuel d’une Assemblée nationale, impuissantée par une fragmentation inédite, il apparaît impossible qu’on attende son renouvellement prévu en 2029. Sa dissolution sera d’autant plus concomitante à l’élection du ou de la Présidente qu’elle demeure un moyen subordonné mais incontournable de gouvernement.

Au vu des comportements récents de l’électorat, l’éventualité d’une cohabitation inaugurant le nouveau cycle du quinquennat est donc possible si ce n’est probable. Pour éviter cet obstacle, les équipes de certains « candidats républicains » (du 2° tour, comme il est convenu de dire) sont en train de réfléchir à des procédés tels des référendums ou des gouvernements par ordonnance. Ce qui serait de nature à aggraver dangereusement le présidentialisme et la paralysie du système. En tout cas, faire l’impasse sur les élections législatives est impossible. Elles deviennent le scrutin décisif dans la distribution du pouvoir.

2027 n’est pas forcément une date catastrophique. Ce peut être l’An I de la fin du présidentialisme, d’un possible retour au parlementarisme, de l’avènement d’un régime primo-ministériel. Une autre histoire.

Paul Alliès

Ce texte est paru dans l’édition du 24 Mai de MIDI LIBRE

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