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Convention pour la 6ème République

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Une République de l’irresponsabilité

Par Paul Alliès - Club de Mediapart

lundi 18 avril 2011, par 700. Paul ALLIES

Depuis un mois, La Croix publie une série de contributions répondant à la question : "Les politiques ont-ils perdu le sens moral ?". Sollicité par la rédaction du quotidien, j’ai proposé le texte paru le 11 avril dernier que je reproduis ici.

Max Weber disait : « il n’y a que deux péchés en politique : ne défendre aucune cause et n’avoir pas le sentiment de sa responsabilité ». La perte de sens moral du personnel politique de la V° République est un syndrome organiquement lié à celle-ci : il tient sans nul doute à l’irresponsabilité que ce régime a érigée en principe constitutionnel.

L’affaire est entendue pour ce qui concerne le Président : l’impossible procès de Jacques Chirac fait de l’antique inviolabilité monarchique une règle contemporaine. Le Président quel qu’il soit peut envahir tous les autres pouvoirs, gouverner comme bon lui semble, corrompre et être corrompu ; il n’a de compte à rendre à personne. Son « domaine réservé » en matière de défense et de politique étrangère est intact ; l’affaire libyenne le rappelle à qui aurait crû aux bonnes intentions de la campagne présidentielle de 2007.

Les nominations à discrétion de personnalités politiques et de hauts fonctionnaires à des fonctions influentes fabriquent une cour toujours plus docile de prétendus serviteurs de l’Etat. La confusion qui caractérise les parcours professionnels et électifs de ces derniers est totale. Pourquoi et à qui rendraient-ils des comptes ? A un Parlement dépouillé des moindres prérogatives de contrôle jusqu’à être empêché de former des commissions d’enquêtes ou de suivre la mise en œuvre des lois qu’il a votées ? A un parti tétanisé par la discipline majoritaire, à une opposition dépourvue de moyens, à des citoyens sollicités à des fins acclamatoires dans des scrutins redondants ?

Le cumul des mandats ferme en effet toujours plus un cercle où se confondent le centre et la périphérie : les mêmes sont législateurs et « gouverneurs » sans que jamais une destitution ne les menace (voir le statut des maires et présidents de Conseils généraux et régionaux). La perte ou la conquête d’une charge élective participe d’un marché qui échappe complètement à l’emprise de l’électeur ; le cas de Brice Hortefeux récupérant son mandat européen en est une terrible illustration.

Cette oligarchisation du système politique fait écho à celle du système économique. Pierre Mendès-France l’annonçait déjà en 1974 (Choisir. Une certaine idée de la gauche) : « Aujourd’hui, c’est le moteur de l’intérêt privé immédiat qui nous gouverne. Le Président de la République, le ministre des Finances, les représentants les plus qualifiés du pouvoir et ceux du patronat l’ont dit explicitement : le plus lucratif, le plus rentable pour les chefs d’entreprise correspond au bien être de la collectivité. La loi dominante du profit s’intègre ainsi à un ensemble que la V° République représente fort bien ». Et il dénonçait avec une perspicacité visionnaire jamais démentie depuis « l’absence de morale, le climat de complaisance ou de complicité, de résignation » au principe de ce régime où les institutions « sont confisquées par un souverain unipersonnel et sa bureaucratie ».

Nulle part il n‘y a de pouvoir légitime sans responsabilité assumée par les personnes qui le détiennent, localement ou nationalement, à Marseille comme à Paris. Sinon le patronage à la romaine, les servitudes et les clientélismes ravagent la société. C’est ce que disait l’Assemblée nationale constituante le 13 juillet 1789 en posant la responsabilité politique des gouvernants devant le peuple souverain comme un principe majeur du constitutionnalisme moderne. Nous l’avons oublié.

Nous ne retrouverons un sens moral de l’action publique que si nous retrouvons une République fondée sur une organisation et une distribution de cette responsabilité produite par la délibération contradictoire, argumentée, publique à tous les échelons du territoire, dans les institutions comme dans les réseaux sociaux. C’est sans doute une révolution démocratique qu’il y faudra, comme celle qu’ont choisie de faire ces temps-ci les peuples arabes.

8 Messages

  • Une République de l’irresponsabilité Le 22 avril 2011 à 14:59 , par Saga des Gémeaux

    L’essence même de la République gaulllienne c’est l’irresponsabilité politique telle qu’elle existait sous l’Ancien Régime. Les zélateurs de la Ve République nous disent que c’est grâce à ce régime que la France a pu se relever et mettre fin à la guerre "d’Algérie". Quand on regarde de près ce qui se passe dans les coulisses de cette "République" on s’aperçoit que l’impunité offerte aux membres de l’Executif les met à l’abri de toute responsabilité devant le Parlement devenu une chambre d’enregistrement des décisions. Je ne souhaite qu’une seule chose pour 2012 : l’abrogation définitive de la Constitution anti-républicaine de 1958 et la rédaction d’une nouvelle Constitution par une Assemblée constituante représentative de toutes les forces politiques de la Nation. Quand je pense que les Tunisiens s’apprêtent à élir une telle Assemblée, il est rageant de voir que nous autres citoyens français sommes dépossédés de notre souveraineté par une Constitution qui n’a pas fait l’objet d’une rédaction issue d’une Assemblée constituante.

    Saga des Gémeaux

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    • Une République de l’irresponsabilité Le 4 août 2011 à 11:17

      Le propre du Gaulisme est d’avoir institué un état fort, mais cela ne peut fonctionnner qu’avec des hommes honnètes qui n’ont en tête que l’intérêt supérieur du pays. Hors comme Monsieur Montebourg le fait remarquer nombre d’hommes politiques ont perdu tout sens moral et patriotique pour n’utiliser les institutions qu’à leur seul profit.
      Je pense donc que réformer la costitution est devenu une nécessité non parceque le texte est obsolette mais parcequ’il permet tous les dévoiements.
      La future assemblée constituante sera issue de tels hommes et ne pourra enfanter que d’un texte pire encore.
      En fait c’est la formation des élites des grandes écoles qui aboutit à cette évolution vers un monde cinique et sans scrupule où seul le profit immédiat et personnel sont sinonymes de réussite. Mais n’est ce pas l’humain qui naît ainsi, et la morale en politique n’est-elle pas contre nature ?
      Tout mes voeux pour la primaire où je me rendrai
      Un ami du 13

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      • Une République de l’irresponsabilité Le 27 août 2011 à 11:17 , par Saga des Gémeaux

        Le propre du gaullisme est surtout d’avoir rétabli l’Ancien Régime sous une forme "républicaine". Le dernier président de la République Française fut René Coty. Depuis 1958 De Gaulle que j’exècre par dessus tout et tout ses succeseurs se sont plus comportés en monarque qu’en président de la République. Nous ne sommes mêmes plus en République de fait mais bien en monarchie élective (à la manière des Carolingiens avec élection du monarque. Notre général de brigade à titre temporaire a fait fort pour que son projet de constitution puisse être adopté par 80% des Français qui n’ont vu que du feu.). On élit pas un président de la République mais bien un monarque qui dispose d’un mandat et des pouvoirs dignes de la monarchie absolue, voilà ce qu’est le propre du gaullisme : l’abolition dans les faits de la République parlementaire pour rétablir un régime qui n’a plus lieu d’être

        Saga des Gémeaux

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      • Une République de l’irresponsabilité Le 21 septembre 2011 à 11:08 , par jeanjal

        Et l’ENA !!
        Trop d ’intervenants aux postes de responsabilites avec une pensée unique.
        Dans notre histoire, les exemples sont nombreux de grands réformateurs qui étaient des candides de bonne volonté ; leurs décisions étaient alors en consciences, construites entre des rapports d’ experts, et leur propres analyses.
        Un technocrate ne doit pas etre un décideur, mais un outil d analyse au service de tous.
        Ps : c’est la culture générale qui faconne un décideur et non la spécialisation.

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  • Une République de l’irresponsabilité Le 16 octobre 2011 à 22:27 , par QUERCY Pierre

    La seule chose à ajouter à cet excellent article qui s’impose par son sujet lui-même concerne l’éducation nationale (je devrais dire comme Condorcet : INSTRUCTION PUBLIQUE).
    Actuellement : 1-la transmission des connaissances DE BASE n’est pas faite à cause des programmes/méthodes instaurées depuis 1968 2-le nécessaire encadrement MORAL (au sens de la citoyenneté responsable) des élèves non seulement n’est pas fait mais celui qui est, si je puis dire, ’intimé’ dans l’esprit des élèves et de leurs parents est la négation même de la morale citoyenne !! et c’est là aussi voulu à la tête de l’Etat . L’objectif que je me suis fixé dans l’ASSOCIATION FORCE93 qui n’attend plus que sa publication au JO et dont le siège est à BLANC-MESNIL (93150) est : FAIRE PRENDRE CONSCIENCE A TOUS QUE LES MOYENS DE RECONSTRUIRE L’ECOLE SONT CONNUS MAIS QUE LE SYSTEME EN VIGUEUR (fondé sur la spéculation financière libre ne tenant aucun compte de l’être humain ni de ses souffrances ni de son âme) cherche avant tout dévoyer cette conscience ! La démocratie ne peut donc pas survivre si la 5ième République reste (compte tenu de sa Constitution). Mon désir citoyen le plus profond : qu’un COMITE de SALUT PUBLIC se constitue dès maintenant.

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  • Une République de l’irresponsabilité Le 8 janvier 2012 à 15:47 , par Binitials

    Bonjour,

    Je reviens en ces lieux que j’avais déserté alors que le mouvement s’essoufflait pour des raisons de connivences avec le Parti socialiste. Je suis content de relire Paul Alliès et j’espère d’autres qui ont une vue très belle de l’esprit démocratique. Mais ce qui m’énerve c’est que vous refusez systématiquement d’aller au bout de la logique et finalement votre discours se vide de toute force de conviction car vous avez choisi d’exister sous la coupe de vos ennemis. A vouloir les séduire à tout prix, vous avez vidé un message de premier ordre et perdu vos amis.

    Le passage à la 6ième république est une nécessité. la 5ième a failli à garantir les libertés fondamentales et en premier lieu de droit du peuple de se gouverner lui même. mais les mécanismes de détournement du pouvoir au profit d’une minorité ne sont pas constitutionnels, ils peuvent être supprimés immédiatement au travers de trois décisions toutes simples que pêrsonne ne prendra.

    La première est l’interdiction du statut de fonctionnaire à tout personnel politique. Le Personnel politique n’est pas au service du public, il est par son mandat le représentant du public. Il ne peut pas représenter les intérêts des citoyens et avoir un intérêt personnel carriériste et financier dans les décisions qu’il prend. Il y a là une corruption fondamentale du système électif que tout démocrate se doit de dénoncer (l’êtes vous ?). Qui plus est ce statut permet le financement de puissants réseaux et le maintien dans la durée d’une carrière politique indépendamment des votes. En politique le fait que le peuple vous limoge devrait marquer la fin. Dans ce pays c’est impossible car le personnel politique se régénère grace à un statut et l’argent qu’il pompe aux électeurs qui ne veulent plus de lui ! C’est n’importe quoi et quiconque descend sur le terrain aujourd’hui se redra compte à quel point le rejet est fort.

    Le deuxième revient au modes de financement des partis politiques. Sous l’effet de l’Europe et d’un équilibrage particulier des pouvoirs dans la 5ième République, l’Assemblée n’est plus et depuis longtemps l’espace dans lequel se créent les élites politiques françaises et où s’expriment talents et idées. c’est devenu la matrice du maintien du système partisan français. La seule vertu de l’Assemblée est de fournir de l’argent public aux Partis. Les élections législatives ne sont plus le terrain privilégié pour rencontrer le public et faire surgir les problématiques d’avenir tout en scellant le pacte de confiance au plus près. Elles sont devenue une chambre d’enregistrement dans laquelle on y met toute une série d’imbéciles alléchés par quelques 20 000 euros de traitements mensuels en contrepartie desquels on lui demande de pas faire de vague et de faire tout ce que ses maitres lui disent. Ce système de financement sur de l’argent public est une honte. A l’heure où le Pays ne se finance plus que sur de la dette bancaire, c’est bel et bien l’argent des banques qui finance les partis, et force ets de constater qu’il y a conflit entre la France et les Banques. Le personnel politique corrompu par cet argent servira toujours la main de son maître plutôt que de retrouver le sens de ses mandats. Il faut couper tout lien entre argent public et Partis politiques. Les partis n’ont qu’à se retourner vers les électeurs pour obtenir du financement, au moins ils paieront pour ceux qui sont bons. Pour éviter les dérives on peut imaginer un certain nombre de règles. Mais ce n’est ni au banques ni à l’impôt de payer pour le PS ou l’UMP.

    Enfin il faut libéraliser les médias. La loi les obligent à n’être en matière politique qu’une caisse de raisonnance des partis présents à l’Assemblée. Vu qu’ils ont rompu avec le peuple , tous les médias font faillite car ils ne peuvent plus rien dire et le public est affligé par le niveau qui ne fait que refléter l’incompétence du personnel politique. Il faut libérer la laisse qu’ils fassent leur travail et qu’ils puissent offrir des tribunes aux compétences en dehors des partis qui eux n’offrent qu’un niveau somme toute extrêmement bas !

    On ne sortira de cette crise qu’avec des équipes librement formées aux convictions fortes. Il est de la responsabilité de tout élu de retrouver le sens de sa charge et de se rappeler que le seul contrat en vertu duquel il a une existence est avec le peuple. Le reste n’est que corruption et La France est d’humeur à couper des têtes. il n’y a plus rien à sauver que notre pays.

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  • Une République de l’irresponsabilité Le 17 février 2012 à 19:12 , par Vincenzo

    Super merci

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  • Une République de l’irresponsabilité Le 15 novembre 2012 à 14:45 , par fravic

    bonjour,

    je suis heureux de constater que mes propres indignations et mes propres espérances apparaissent dans les différents commentaires que je viens de lire .
    Un retour vers les fondamentaux de la Révolution Française me semble indispensable au renouveau de notre pays et de nos valeurs.
    La démocratie a été confisquée par les partis politiques qui verrouillent l’évolution vers une véritable république au nom de la "souveraineté nationale".
    Ce concept garanti tous les droits et les pleins pouvoirs à ceux qui sont élus, au nom de l’exercice de la démocratie alors que tous les candidats aux élections sont membres de partis politiques établis depuis plusieurs décennies.
    Les nouvelles forces politiques apparentes, verts et front national, ne sont que des émanations nauséabondes de partis existants, autrement dit "des usurpations de la pensée et des espoirs" de la plupart d’entre nous.
    Nous n’avons même pas la possibilité de les censurer via un vote "blanc", ceux ci n’étant pas reconnus, assimilés honteusement à un vote nul, comme si nous ne savions ni lire ni écrire, depuis le temps où l’école est obligatoire.
    Ce mépris profond vis à vis des citoyens de ce pays me fais penser immédiatement à des époques de notre histoire entachées de prétentions et d’aveuglement.
    Dans le climat de tensions économiques et d’insatisfactions récurrentes et permanentes d’aujourd’hui, un changement de régime républicain me semble le seul moyen, à moyen terme, de garantir notre avenir en sublimant les difficultés actuelles de notre pays.
    Une démocratie libérale digne de ce nom doit aussi être une démocratie populaire.

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